Comptes rendus
Le Dictionnaire universel des sciences de Jean-Baptiste Robinet
La Gazette de Liège annonçait en juillet 1777 le lancement du Dictionnaire universel des sciences morale, économique, politique et diplomatique, ou bibliothèque de l’homme d’Etat et du citoyen. Conçu par Jean-Baptiste Robinet, l’ouvrage sortait des presses de Clément Plomteux et portait l’adresse londonienne des « Libraires associés ». Le collectif rassemblait également les noms de Panckoucke à Paris, de Rosset à Lyon, de Van Harrevelt à Amsterdam, et on souscrivait chez Elmsly à Londres. La collection atteindra trente volumes, mais Plomteux quitta l’entreprise à partir du cinquième. Elle a été qualifiée par P.P. Gossiaux de « plus importante et plus prestigieuse des réalisations typographiques liégeoises des Lumières ».
La relation entre certains articles du Dictionnaire relevant du droit (Crime, Peine) et le débat sur la réforme de la justice furent mis en évidence à l’occasion de la communication (« Condorcet et l’abolition de la peine de mort : un autre choix de justice ») du Professeur Magalie Alibert (Université de Montpellier I), présentée lors du XIIe Congrès international des Lumières.
L’Encyclopédie méthodique et le droit
Le 8 décembre 1781, le Mercure de France publiait le prospectus d’une gigantesque refonte de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : selon le format, l’entreprise devait comporter quarante-deux ou quatre-vingt-quatre volumes « de discours », accompagnés de sept volumes de planches. L’annonce portait l’adresse du Parisien Panckoucke et du Liégeois Plomteux. L’Encyclopédie méthodique par ordre de matières prenait ainsi place parmi les grands projets encyclopédiques dont P.P. Gossiaux a retracé l’histoire en forme de jeu d’échecs, dans la tension des concurrences que dessinent De Felice à Yverdon ou Duplain à Lyon. La participation liégeoise, appuyée d’abord sur cinq mille souscriptions, trébuchera bientôt dans les déboires…
La réécriture de certains articles de droit dans l’Encyclopédie méthodique, par rapport à l’Encyclopédie, a été évoquée lors du XIIe Congrès international des Lumières (Montpellier) par Mme Ethel Groffier (McGill University). Celle-ci, soulignant combien « la discipline a peu retenu l’attention à l’époque ou à l’heure actuelle », a posé notamment les questions de savoir dans quelle mesure les deux entreprises avaient respectivement atteint un objectif de « servir de bibliothèque… à l’homme du monde » et avaient constitué un facteur de progrès dans les domaines de la répression pénale et de l’esclavage. La comparaison donna l’occasion de mettre en évidence la référence, dans la Méthodique, à des auteurs comme Joseph-Michel-Antoine Servan (Discours sur l’administration de la justice criminelle, Yverdon, 1767), Guillaume-François Le Trosne (Vues sur la justice criminelle, Paris, 1777 ; Gallica), Jacques-Vincent Delacroix (Réflexions philosophiques sur l’origine de la civilisation, et sur les moyens de remédier à quelques-uns des abus qu’elle entraîne, Amsterdam-Paris, 1778), etc. Mme E. Groffier traita en particulier des progrès enregistrés, dans les années précédant la parution de la Méthodique, en matière d’abolition de la question préparatoire et d’assainissement des prisons, même si les causes de la criminalité et la question de la réhabilitation des forçats occupa peu à cette époque les réformateurs du droit.
Des relations entre l’Encyclopédie méthodique, le Dictionnaire universel de Robinet et la pensée de Condorcet sont également apparues lors de la communication présentée lors du même Congrès par Mme Magalie Alibert (Université de Montpellier I). Traitant de « Condorcet et l’abolition de la peine de mort : un autre choix de justice », l’exposé mit en évidence la théorie de l’héritier des Lumières selon laquelle l’abolitionnisme constituait « un des moyens les plus efficaces de perfection de l’espèce humaine ». Le député de la Convention restera donc « fidèle à ses principes en refusant de voter la mort de Louis XVI en dépit d’un autre vote qui reconnaît sa culpabilité ». La communication se proposait donc « de mettre en tension : 1/ son refus de la peine capitale pouvant entraîner la mort d’innocents et de fait la possibilité d’erreurs de jugement issues de la volonté du législateur et 2/ sa demande à la Convention d’un vote de lois qui puisse créer un système complet d’instruction publique ». D’autres communications de la session « Droit » portaient sur l’humanisation et les progrès d’une justice socialement plus efficace (S. Naoko, « Punir la désertion : à la recherches peines utiles à l’État »). Le Traité des délits et des peines de Cesare Beccaria – en principe contrefait à Liège par Plomteux – se trouvait naturellement au centre des débats, en particulier à travers les échos fournis par le Dictionnaire universel de Robinet.
« Quand Dulaurens publiait à Liège ses obscénités » de Daniel Droixhe : une question sur le Mémoire pour Abraham Chaumeix, attribué par Dulaurens à Diderot
La communication de Daniel Droixhe, Quand Dulaurens publiait à Liège ses «obscénités», présentée à la séance mensuelle de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique le 8 novembre 2008 a suscité un courrier de Madame Dorothy Medlin (USA), co-éditrice des Lettres d’André Morellet, qui s’interroge sur la paternité du Mémoire pour Abraham Chaumeix, attribuée par Dulaurens à Diderot… :
[…] Grâce à Google, je viens de lire votre communication sur Dulaurens (8 novembre 2008) et voudrais vous poser une question sur le Mémoire pour Abraham Chaumeix, attribué par Dulaurens à Diderot (Portefeuille d’un philosophe, 1:30-67). Mais Eugène Edmond Kessler, « The Role of Abraham Chaumeix’ Préjugé in the official condemnation of the Encyclopédie » (dissertation, 1970), l’attribue à Dulaurens (dans sa Bibliographie, p. 320) . Je suis en train de préparer une communication sur André Morellet — qui n’est pas l’auteur de ce pamphlet, d’après sa lettre de juin 1760 (Lettres d’André Morellet, Oxford, 1991, Lettre 3). L’attribution à Morellet (par La Harpe, Corr. litt., Lettre CCXXI) a été réfutée par Antoine Alexandre Barbier (Supplément à la Corr. litt. de MM. Grimm et Diderot, 1814, p. 323) et dans la 2e éd. du Dictionnaire des ouvrages anonymes (article 11165). Quant à Diderot, lui aussi a juré (lettre à Malesherbes, 7 avril 1759) qu’il ne l’a pas écrit. Le pamphlet est attribué à Morellet dans le tome 1 des Œuvres philosophiques de Diderot (1772), et dans plusieurs bibliothèques (mais le catalogue de la bibliothèque de l’University of California at Los Angeles indique qu’il a été attribué « to Diderot and also to the abbé Morellet, but is probably by neither. » Je n’ai pas lu l’article sur Dulaurens par Fellows et Green (Diderot Studies, 1949), et je ne connais pas les études que vous mentionnez par Didier Gambert, St. Pascau, et C. Kleinermann. Est-ce que quelqu’un a écrit quelque chose sur ces attributions? Votre avis me sera précieux, si vous avez le temps de m’offrir une piste à suivre.
Dulaurens et Diderot. Une lettre de Madame Dorothy Medlin (USA)*
Dorothy Medlin (co-éd., Lettres d’André Morellet) 1551 Herlong Court, Rock Hill, South Carolina 29732 USA Fax: 803 366 6358 Courriel: medlind@navacore.net
* Cette lettre adressée à Daniel Droixhe le 12 janvier 2009 est reproduite ici avec l’autorisation de son auteur que nous remercions.
Image : Joseph Dreppe, Temple de la Liberté, dessin à l'encre (plume et lavis), aquarelle et rehauts de gouache blanche, 1796 © Musée Wittert ULiège.
