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l fut un temps où les révolutions ne concernaient que les astres, les siècles, les temps ou les saisons, autrement dit les éléments qui pouvaient retourner au point d’où ils étaient partis. S’il s’agissait d’évoquer un changement, il concernait le corps et ses humeurs ou, au figuré, celui qui pouvait affecter les affaires publiques ou les choses du monde. Mais la 5e édition du Dictionnaire de l’Académie française (1798) entérine un sens nouveau :

           

On dit, Les Révolutions Romaines, les Révolutions de Suède, les Révolutions d’Angleterre, pour, Les changemens mémorables et violens qui ont agité ces Pays. Mais quand on dit simplement, La Révolution, en parlant De l’histoire de ces Pays, on désigne la plus mémorable, celle qui a amené un autre ordre. Ainsi, en parlant De l’Angleterre, La Révolution désigne celle de 1688 ; en parlant De la Suède, celle de 1772

Une révolution « mémorable » par excellence est « celle qui a amené un autre ordre » dans un monde où « le passé ne se répète pas » (L. Bantigny). Le sens du terme se modifie profondément pour désigner l’avènement de la nouveauté radicale, en politique bien sûr (la « Révolution française ») ou dans d’autres domaines.

Mais faut-il penser l’avènement de la nouveauté, même radicale, comme un coup de tonnerre dans un ciel serein ? La Révolution française, pour être mémorable, est-elle surgie de rien ? La période qu’explore le GEDLER, un « long dix-huitième siècle », correspond à celle des Lumières, caractérisée par de grandes transformations sociales, politiques, culturelles et intellectuelles. Une pensée philosophique se développe alors, qu’on peut définir par une devise, « Sapere aude », « aie le courage de te servir de ton propre entendement » (Qu’est-ce que les Lumières ?, Kant, 1784), à condition d’insister sur la diversité de ce mouvement d'idées.

Lumières et Révolutions : deux termes au pluriel qui réfèrent à un ensemble de questions et de débats qui débordent le XVIIIe siècle et impliquent un vaste champ de recherches interdisciplinaires où se côtoient l’histoire, la littérature, les arts, les sciences et les courants de pensées.

 

Ludivine Bantigny, « (R)évolutions du mot ‘révolution’ », dans L. Bantigny, Q. Deluermoz, B. Gobille, L. Jeanpierre et E. Palieraki, Une histoire globale des révolutions, La Découverte, 2023, p. 41-58, et ici p. 42-44. 

Dictionnaire de l’Académie française (1798).

Kant, Qu’est-ce que les lumières ?, 1784.

 

Image : Anonyme, Prise de la bastille, 14 juillet 1789, huile sur toile, vers 1789-1791 © RMN-GP (Château de Versailles), MV 5517

modifié le 25/09/2025

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